Santé cardiovasculaire des femmes en Suisse : les HUG ouvrent un pôle dédié

Mar 31, 2026 | Santé et bien-être

La santé cardiovasculaire des femmes est-elle enfin prise au sérieux ?

Longtemps considérées comme des maladies « masculines », les pathologies cardiovasculaires restent aujourd’hui encore sous-diagnostiquées chez les femmes, avec des conséquences bien réelles.

À Genève, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) viennent d’inaugurer un pôle de santé dédié à la santé cardiovasculaire féminine. Une avancée majeure en Suisse romande, qui pourrait bien marquer un tournant.

Des maladies encore trop invisibles chez les femmes

Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de décès en Suisse, avec environ 20’000 décès chaque année selon l'OFSP. Avec un taux légèrement plus haut pour les femmes (28,9% de l'ensemble des décès en Suisse contre 26,7% pour les hommes).

Et pourtant, elles restent encore mal identifiées chez les femmes.

Pourquoi ?

Parce que les symptômes ne sont pas les mêmes.

Contrairement aux idées reçues, une crise cardiaque ne se manifeste pas toujours par une douleur intense dans la poitrine. Chez les femmes, elle peut prendre des formes beaucoup plus discrètes :

  • nausées
  • fatigue soudaine
  • essoufflement
  • douleurs diffuses

Résultat : les femmes consultent en moyenne plus tard que les hommes, parfois jusqu’à plusieurs heures après les premiers signes.

Santé cardiovasculaire des femmes: Un biais médical longtemps ignoré

Le problème ne vient pas seulement du corps. Il vient aussi de la médecine elle-même.

Pendant des décennies, la recherche et la formation médicale se sont basées majoritairement sur des modèles masculins.

Même les gestes de premiers secours n’y échappent pas :
les formations à la réanimation ont longtemps été réalisées sur des mannequins masculins, créant un biais jusque dans l’urgence.

À cela s’ajoute un phénomène encore peu connu : la “pudeur thoracique”. En cas d’arrêt cardiaque en public, une femme a moins de chances de recevoir un massage cardiaque, simplement parce que les témoins hésitent à intervenir.

Un cœur différent, des risques spécifiques

Le cœur féminin n’est pas une version “plus petite” du cœur masculin.

Il fonctionne différemment :

  • il est plus petit
  • il bat plus vite
  • les vaisseaux sanguins sont plus étroits

Mais surtout, les facteurs de risque sont aussi spécifiques :

  • grossesse (diabète gestationnel, pré-éclampsie)
  • ménopause
  • contraception hormonale
  • maladies auto-immunes

Ces éléments ont longtemps été sous-estimés dans les diagnostics.

Un pôle dédié : une première en Romandie

Face à ces constats, les HUG ont lancé un pôle de santé cardiovasculaire entièrement dédié aux femmes.

Son objectif est triple :

  • mieux diagnostiquer les pathologies spécifiques
  • sensibiliser aux moments clés de la vie hormonale
  • renforcer la prévention et la recherche

Ce centre s’inscrit dans un réseau plus large, en collaboration avec d’autres pôles en Suisse (Bâle, Zurich, Berne), pour améliorer la prise en charge à l’échelle nationale.

Vers une médecine enfin adaptée aux femmes

Ce nouveau pôle ne représente pas seulement une avancée médicale. C’est une reconnaissance.

Reconnaissance que :

  • les femmes ne vivent pas les maladies comme les hommes
  • leurs symptômes doivent être pris au sérieux
  • leur santé mérite une approche spécifique

En d’autres termes : sortir enfin les femmes de l’angle mort de la médecine.

Sources