Leah Linh – Exposition « Onania – Manifeste sculptural pour une luxure réappropriée »

Avr 22, 2026 | Art, Culture et histoire, Femmes inspirantes

Une réappropriation radicale de la luxure féminine

J'ai rencontré l'artiste romande Leah Linh (@leahlinhpainter) lors d'une journée ensoleillée du mois d'avril 2026. Nous nous sommes données rendez-vous devant la librairie alternative lausannoise Humus qui abrite une pièce dédiée aux expositions d'art. C'est sa dernière exposition "Onania - Manifeste sculptural pour une luxure réappropriée" qu'elle me présente avec passion pendant un trois-quarts d'heure.

Elle propose un manifeste artistique autour de la luxure féminine, un thème historiquement condamné, contrôlé et moralement jugé. L’exposition s’inscrit en réaction directe à des textes anciens (notamment le traité religieux de Jean-Philippe Dutoit-Membrini qui a rédigé en 1760 "De l'onanisme: ou discours philosophique et moral sur la luxure artificielle et tous les crimes relatifs "), qui associaient le plaisir féminin à la faute ou à la déviance. On pouvait d'ailleurs retrouver exposer dans une vitrine ce fameux manifeste.

À travers cette démarche, Leah cherche à reprendre possession d’un imaginaire longtemps confisqué, en transformant la honte en puissance créatrice.

Déconstruire les normes et les tabous

Au cœur de Onania, il y a une volonté claire :
=> briser les normes patriarcales qui ont défini la sexualité féminine.

L’exposition met en lumière :

  • la culpabilisation historique du désir féminin,
  • la domination des récits masculins dans la représentation du corps,
  • et la nécessité de créer de nouveaux imaginaires.

Leah Linh ne se contente pas de représenter : elle réécrit symboliquement ces récits, en donnant au plaisir féminin une place légitime, visible et assumée.

Une œuvre intime et politique

Enfin, Onania s’inscrit dans une démarche à la fois intime et engagée. Leah puise dans une exploration personnelle du corps et de la sensualité à une âge où elle comprend ses limites me confie-t-elle pendant la visite, tout en ouvrant une réflexion plus large sur :

  • la liberté des femmes,
  • le contrôle social du corps,
  • et la place du désir dans nos sociétés contemporaines.

On peut prendre l'exemple d'une de ses oeuvres qui est une tête de porc avec un baillon qui est une double référence: à la fois contemporaire avec "balance ton porc" du mouvement Metoo mais aussi à Holopherne, un personnage issu du livre de Judith, dans l'Ancien Testament.

Qui est Leah Linh?

Née en 2000 à Lausanne, Leah Linh est une artiste suisse d’origine vietnamienne et espagnole, dont le travail s’inscrit à la croisée du corps, du sacré et de l’identité. Son parcours est atypique : après des études en philosophie et en sciences politiques, elle choisit de se consacrer pleinement à l’art, nourrissant sa pratique d’expériences personnelles fortes, notamment un engagement humanitaire au Liban qui marque profondément sa vision du corps et de la souffrance.

Très tôt, elle développe une signature visuelle reconnaissable : l’usage de la feuille d’or, héritée de l’iconographie religieuse, qu’elle détourne pour explorer la chair, les cicatrices et l’intime. Cette tension entre spiritualité et corporéité est déjà au cœur de ses premières expositions.

Une œuvre en constante évolution autour du corps et de l’intime

Avant Onania, Leah Linh a construit un univers artistique cohérent à travers plusieurs expositions marquantes :

  • “Quand l’or devient peau” (2022) : une exploration du corps comme surface sensible, où la feuille d’or devient métaphore de la peau, entre protection et vulnérabilité.
  • “Corps célestes” (2021) : une approche plus symbolique et presque cosmique du corps féminin, déjà traversée par des références spirituelles.
  • Exposition au Château de Chillon (2023–2024) : ses œuvres dialoguent avec l’histoire et le patrimoine, renforçant ce lien entre passé, sacré et contemporanéité.
  • “Memorabilia” (2024) : une réflexion sur la mémoire, les traces et les empreintes laissées sur le corps et dans l’histoire.

À travers ces projets, une constante apparaît : Leah Linh utilise le corps comme archive vivante, un lieu où se mêlent blessures, désir, héritage culturel et construction identitaire.

Ses expositions

Goya’s nightmare, 16.04.26 - 09.05.26, Vandoeuvres, Genève, en Suisse

Onania - Manifeste sculptural pour une luxure réappropriée, 13.03.2026 - 11.04.2026, Humus, Lausanne, en Suisse

The Fall of Angels, 5.09.25 – 12.10.25, Sainte-Claire Church, Vevey, en Suisse

Anthropomania, 13.03.25 – 6.04.25, Espace Témoin, Genève, en Suisse

Memorabilia, 20.06.2024 – 08.09.2024, Graffenried Space, Art Museum Aigle, en Suisse

Fortunes and Reflections in the Time of Pierre II of Savoy, 14.09.2023 – 12.06.2024, Foundation of Chillon Castle, en Suisse  

When Gold Becomes Skin, 24.05.2022 – 12.06.2022, Demart Space, Lausanne, en Suisse 

Leah Linh, 19.05.2022 – 03.07.2022, Plexus Gallery, Montreux-Clarens, en Suisse

Celestial Bodies, 07.05.2021 – 26.06.2021, Lombard Tower Gallery, Conthey, en Suisse

Opus Caeli, 20.02.2020 – 01.03.2020, Studio Hache Gallery, Seville, en Espagne 

The Glow of Silence, 05.12.2019 – 31.01.2020, Debiopharm International S.A., Lausanne, en Suisse

Personal Mythology, 16.05.2019 – 14.09.2019, Ami Immobiliare SA, Lugano, en Suisse

Sources