La Suisse perd dix places. Dans son Global Gender Gap Report 2026, publié le 16 septembre, le World Economic Forum (WEF) classe la Suisse au 27e rang mondial en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, contre la 17e place l’année précédente.
Un recul qui interpelle pour un pays régulièrement présenté comme l’un des plus prospères au monde. Mais que signifie réellement cette 27e place ? Qui établit ce classement ? Et surtout, que nous dit-il de la situation des femmes en Suisse ?
Le WEF, c’est quoi exactement ?
Le World Economic Forum, ou Forum économique mondial, est une organisation internationale créée en 1971 et basée à Genève. Elle est notamment connue pour organiser chaque année la rencontre de Davos, qui réunit responsables politiques, dirigeant·es d’entreprises, organisations internationales et autres acteurs économiques.
Depuis 2006, le WEF publie également le Global Gender Gap Report, un rapport consacré aux écarts entre les femmes et les hommes.
L'édition 2026 marque les vingt ans de cet indice et analyse 145 économies.
Son objectif n’est pas de déterminer dans quel pays « il fait le mieux vivre lorsqu’on est une femme », mais de mesurer l’écart qui subsiste entre les femmes et les hommes au sein d'un même pays.
C'est une distinction importante.
Un pays peut par exemple disposer d'un niveau d'éducation très élevé pour l'ensemble de sa population. Si les femmes et les hommes y ont un accès similaire à l'éducation, son écart de genre dans ce domaine sera faible.
Le WEF mesure donc avant tout la parité, et non le niveau absolu de développement ou de bien-être.
Comment l'égalité femmes hommes est-elle mesurée ?
Pour établir son classement, le WEF analyse 14 indicateurs, répartis dans quatre grandes catégories.
1. La participation économique et les opportunités professionnelles
Le rapport s'intéresse notamment à la présence des femmes sur le marché du travail, aux revenus, à l'égalité salariale pour un travail similaire ainsi qu'à leur présence dans les postes de direction et de responsabilité.
2. L'éducation
Le WEF compare l'accès des femmes et des hommes à l'éducation : alphabétisation, enseignement primaire, secondaire et supérieur.
3. La santé et la survie
Cette catégorie repose notamment sur l'espérance de vie en bonne santé et sur le ratio entre les sexes à la naissance.
4. Le pouvoir politique
Le rapport mesure la représentation des femmes au Parlement, dans les gouvernements ainsi que le nombre d'années durant lesquelles une femme a occupé la fonction de cheffe d'État au cours des cinquante dernières années.
Pour chaque indicateur, le WEF compare la situation des femmes à celle des hommes. Un score de 1 correspond à la parité. Les résultats peuvent également être présentés sous forme de pourcentage : un score de 80 % signifie ainsi que 80 % de l'écart mesuré entre les sexes est considéré comme comblé.
Le classement ne récompense pas un pays lorsqu'une situation devient plus favorable aux femmes qu'aux hommes : les scores sont plafonnés une fois la parité atteinte.

Global Gender Gap Report 2026, publié le 16 septembre 2026, p.346
Attention : le classement ne mesure pas toutes les dimensions de l'égalité femmes hommes
Le Global Gender Gap Index est donc un outil intéressant pour comparer les pays et observer leur évolution sur vingt ans, mais il ne résume pas à lui seul la situation des femmes.
Certaines politiques publiques ou réalités sociales ne sont par exemple pas directement intégrées dans le calcul du classement.
Le WEF privilégie les résultats observables plutôt que les moyens mis en place par les États. L'existence d'un congé maternité, d'une loi sur l'égalité salariale ou d'un programme gouvernemental consacré à l'égalité ne donne donc pas directement des points supplémentaires à un pays.
Autre limite à garder en tête : les données utilisées ne datent pas toutes de 2026. Le WEF utilise les données les plus récentes disponibles pour chaque indicateur. La majorité ont moins de deux ans, mais certaines peuvent être plus anciennes.
La 27e place de la Suisse doit donc être considérée comme un indicateur parmi d'autres, plutôt que comme une mesure absolue de l'égalité.
La Suisse tombe à la 27e place
Dans l'édition 2026, la Suisse perd dix places, passant du 17e au 27e rang mondial.
À titre de comparaison, les premières places du classement sont occupées par l'Islande, la Finlande et la Norvège. L'Islande arrive en tête pour la 17e année consécutive et a comblé, selon la méthodologie du WEF, 93 % de son écart entre les femmes et les hommes.
Mais perdre dix places ne signifie pas nécessairement que la situation des femmes en Suisse s'est brutalement détériorée en une année.
Le classement est relatif : la position d'un pays dépend à la fois de sa propre évolution et de celle des autres pays. Si d'autres progressent plus rapidement, un pays peut donc perdre des rangs.
C'est pourquoi le rang seul ne suffit pas pour comprendre la situation.

Global Gender Gap Report 2026, publié le 16 septembre 2026, p.12
Et dans la vie quotidienne des femmes en Suisse ?
Les statistiques nationales permettent de compléter ce tableau.
Sur le marché du travail, l'une des différences les plus importantes concerne toujours le temps partiel.
Selon l'Office fédéral de la statistique (OFS), au quatrième trimestre 2024, 59,5 % des femmes actives occupées travaillaient à temps partiel, contre 20,6 % des hommes.
Cette différence a des conséquences qui dépassent largement le nombre d'heures passées au travail. Une activité professionnelle réduite peut influencer les revenus, les possibilités d'évolution professionnelle et, à plus long terme, la retraite.
Les inégalités salariales persistent
Les différences se retrouvent également dans les salaires.
En équivalent plein temps, le salaire mensuel brut médian atteignait en 2022 6'397 francs pour les femmes contre 7'066 francs pour les hommes, soit un écart de 9,5 %.
L'OFS utilise également une autre mesure fondée sur les salaires moyens : avec celle-ci, l'écart atteignait 16,2 % en 2022.
Une partie de cette différence peut être expliquée statistiquement par des facteurs comme le secteur d'activité, le niveau hiérarchique, l'âge ou la formation. Selon l'analyse mandatée par l'OFS, 48,2 % de l'écart salarial moyen observé en 2022 restait toutefois inexpliqué par les caractéristiques prises en compte.
Des conséquences jusque dans la retraite
Les différences accumulées pendant la vie professionnelle se retrouvent ensuite à la retraite.
D'après l'OFS, la rente annuelle totale des femmes âgées de 65 ans ou plus était en moyenne inférieure de 16'239 francs à celle des hommes en 2022.
Cela représente un écart de rente de 31 %.
Le temps partiel, les interruptions professionnelles et la répartition encore inégale du travail familial font donc partie des éléments importants à prendre en compte lorsqu'on parle d'égalité économique.
La répartition du travail familial reste elle aussi inégale
L'égalité ne se joue d'ailleurs pas uniquement dans les entreprises.
Dans les couples avec enfants, les tâches familiales continuent à être réparties différemment entre les femmes et les hommes.
Selon l'OFS, lorsqu'un enfant est malade, les deux partenaires se partagent la responsabilité de rester à la maison dans seulement 30 % des couples avec enfants.
Plus largement, une minorité de couples avec enfants fonctionne selon un modèle où l'activité professionnelle des deux partenaires est répartie de manière relativement égalitaire.
Ces choix (ou contraintes) familiaux peuvent ensuite se répercuter sur le taux d'activité, les revenus et les carrières.
Et en politique ?
La représentation politique constitue justement l'une des quatre dimensions observées par le WEF.
La Suisse a connu d'importantes évolutions au cours des dernières décennies, mais les femmes restent, selon l'OFS, sous-représentées dans les pouvoirs législatifs et exécutifs, aussi bien au niveau fédéral que cantonal.
La méthode du WEF comporte toutefois une particularité lorsqu'elle est appliquée à la Suisse : elle tient notamment compte du nombre d'années pendant lesquelles une femme a occupé la fonction de cheffe d'État au cours des cinquante dernières années.
Or, dans le système politique suisse, la présidence de la Confédération est exercée pour une année et tourne entre les membres du Conseil fédéral. Cet indicateur doit donc être interprété en tenant compte des particularités institutionnelles du pays.
Un recul qui permet surtout de poser une question
La 27e place suisse ne signifie donc ni que rien n'a changé, ni que la Suisse serait soudainement devenue beaucoup moins égalitaire en l'espace d'une année.
Elle met plutôt en évidence quelque chose de plus intéressant : l'égalité ne se résume pas à l'existence de droits égaux dans la loi.
La participation au marché du travail, le temps partiel, les revenus, l'accès aux postes à responsabilités, la répartition du travail familial, les retraites ou encore la représentation politique permettent d'observer comment cette égalité se traduit concrètement.
À l'échelle mondiale, le WEF estime qu'en 2026, 69,2 % de l'écart entre les femmes et les hommes est comblé. Au rythme actuel, l'organisation estime qu'il faudrait encore environ 120 ans pour atteindre la parité mondiale sur l'ensemble des dimensions étudiées.
Vingt ans après la création de cet indice, la question n'est donc peut-être plus seulement de savoir si l'égalité progresse. Mais à quelle vitesse et dans quels domaines elle continue de se faire attendre.
Sources
World Economic Forum (WEF)
Global Gender Gap Report 2026, publié le 16 septembre 2026.
Rapport et données sur les 145 économies étudiées, méthodologie du Global Gender Gap Index et résultats par sous-indice.
World Economic Forum
Benchmarking gender gaps, 2026.
Présentation de la méthodologie, des quatre dimensions du classement, du calcul des scores et des résultats mondiaux.
World Economic Forum
Global Gender Gap Report 2026 – User's Guide.
Informations sur les 14 indicateurs, les données utilisées, leur ancienneté et l'interprétation des profils nationaux.
Office fédéral de la statistique (OFS)
Égalité entre femmes et hommes.
Données suisses concernant l'activité professionnelle, le temps partiel, les salaires, les rentes, la conciliation entre vie professionnelle et familiale et la représentation politique.
Office fédéral de la statistique (OFS)
Indicateurs du marché du travail 2025.
Données sur le temps partiel, la participation au marché du travail et les écarts salariaux entre femmes et hommes.
RTS / ATS
Égalité : la Suisse recule de 10 rangs et finit 27e du WEF, 17 septembre 2026.



