Longtemps restée dans l’ombre, Louise Cornaz fait partie de ces femmes dont l’œuvre et le parcours racontent à la fois la richesse culturelle de la Suisse romande et les limites imposées aux femmes de son époque. Écrivaine prolifique, traductrice, journaliste et biographe, elle a consacré sa vie à l’écriture, parfois au prix de l’invisibilité.
Une enfance entre enracinement et ouverture
Louise Cornaz naît le 12 janvier 1850 à Montet, dans la commune de Cudrefin (Vaud). Elle grandit dans un milieu cultivé : son père, Auguste Cornaz, est l’un des fondateurs de la Société d’agriculture de la Suisse romande. Très tôt, Louise est exposée aux débats intellectuels et sociaux de son temps.
Adolescente, elle part étudier en Allemagne, à l’internat d’Esslingen am Neckar, où elle apprend l’allemand. Cette expérience joue un rôle déterminant dans son avenir : elle ouvre son horizon culturel et lui permettra plus tard de travailler comme traductrice.
Écrire sous un autre nom pour être publiée
Dans une société où l’écriture demeure un domaine largement masculin, Louise Cornaz fait un choix révélateur : elle publie ses premiers textes sous le pseudonyme masculin “Joseph Autier”. Ce nom d’emprunt, qu’elle conservera toute sa vie, lui permet d’être lue et reconnue dans les cercles littéraires, sans être immédiatement disqualifiée en tant que femme.
Ce geste n’est pas anodin. Il témoigne de la stratégie d’adaptation que de nombreuses autrices ont dû adopter pour exister dans l’espace public: écrire, oui, mais parfois au prix de leur identité.
Une œuvre abondante et engagée
Louise Cornaz collabore durant de nombreuses années à plusieurs périodiques, dont Le Chrétien évangélique et La Revue du Foyer domestique, qu’elle co-dirige. Elle y publie articles, récits et réflexions, souvent ancrés dans la vie quotidienne, la morale, la religion et la société de son temps.
Son œuvre est impressionnante par son ampleur : plus de 25 ouvrages (romans, nouvelles, traductions et biographies). À travers ses textes, elle décrit avec finesse les paysages vaudois, les milieux ruraux, les tensions sociales et les trajectoires humaines. Comme d’autres écrivain·es romand·es de son époque, elle s’attache à rendre visibles les vies ordinaires, en particulier celles des femmes.
Une voix féminine dans une littérature dominée par les hommes
Si son nom est aujourd’hui peu connu, Louise Cornaz a pourtant participé pleinement à la vie littéraire romande de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle. Son travail s’inscrit dans une tradition réaliste et régionale, tout en portant une sensibilité féminine rare pour l’époque.
Son parcours rappelle combien les femmes ont longtemps été présentes mais peu reconnues dans l’histoire culturelle suisse. Leur production existait, circulait, influençait, mais restait souvent marginalisée dans les récits officiels.
Pourquoi se souvenir de Louise Cornaz aujourd’hui ?
Redonner une place à Louise Cornaz, ce n’est pas seulement rendre hommage à une écrivaine oubliée. C’est aussi interroger notre mémoire collective :
- Qui avons-nous retenu·es comme figures littéraires ?
- Qui a été effacé·e, et pourquoi ?
- Combien de femmes ont dû écrire sous un autre nom pour être lues ?
Son histoire résonne encore aujourd’hui avec les questions de visibilité, de légitimité et de reconnaissance des femmes dans les domaines culturels.
Louise Cornaz, une femme inspirante pour la Suisse romande
Par son acharnement à écrire, à publier, à transmettre, Louise Cornaz incarne ces femmes qui ont créé de l’espace là où il n’y en avait pas. Elle nous rappelle que l’inspiration ne vient pas toujours des figures les plus célèbres, mais aussi de celles qui ont persévéré, parfois dans le silence, pour laisser une trace.
C’est précisément pour cela qu’elle a toute sa place dans la rubrique Femmes inspirantes des Romandines.